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Arita, Imari, Hasami : trois porcelaines, une même région

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Arita, Imari, Hasami : trois noms pour des porcelaines qui viennent du même coin de Kyūshū, à quelques kilomètres les unes des autres. Les catalogues les mélangent, les antiquaires les opposent, et l’acheteur français ne sait plus s’il tient une pièce de collection ou un bol de tous les jours.

Ce guide remet chaque nom à sa place. Il raconte comment la porcelaine est née au Japon en 1616, explique les grands styles et leurs mots, montre comment distinguer un décor peint à la main d’un décor transféré, puis vous aide à choisir, à comprendre les prix et à entretenir vos pièces.

Trois noms, une même région

1616 : la porcelaine naît à Arita

Jusqu’au début du XVIIe siècle, le Japon ne sait pas faire de porcelaine : il l’importe de Chine et de Corée. Les campagnes de Hideyoshi en Corée, à la fin du XVIe siècle, ramènent dans les fiefs de Kyūshū des potiers coréens. L’un d’eux, Yi Sam-pyeong, appelé au Japon Kanagae Sanbee, découvre en 1616 un gisement de kaolin à Izumiyama, à l’est d’Arita, dans l’actuelle préfecture de Saga. Il ouvre le four de Tengudani et cuit la première porcelaine blanche du pays.

Les pièces partent par le port voisin d’Imari : c’est de là que vient le nom sous lequel l’Europe les connaît. La Compagnie néerlandaise des Indes orientales commence à en acheter en 1650 et, à partir de 1659, en exporte de grandes quantités vers le Moyen-Orient et l’Europe, profitant des troubles qui paralysent les fours chinois. Les princes européens s’en entichent et Meissen, en Saxe, copiera ces décors. L’État japonais a reconnu la porcelaine d’Arita comme artisanat traditionnel en 1977.

Arita ou Imari ? Une seule porcelaine, deux noms

Historiquement, « Imari » désigne la porcelaine d’Arita embarquée au port d’Imari. Les deux mots recouvrent la même production d’époque Edo, et les spécialistes parlent de Ko-Imari, « ancien Imari », pour les pièces d’avant 1868. Depuis l’ère Meiji, l’usage a changé : Arita-yaki nomme la porcelaine faite à Arita, Imari-yaki celle faite dans la ville d’Imari, dont le village de fours d’Ōkawachiyama. Le chemin de fer y est pour beaucoup : les caisses partaient de la gare d’Arita, et ce nom a fini par couvrir toute la région, Hasami compris.

Hasami, la voisine du quotidien

Hasami est à un quart d’heure d’Arita, mais de l’autre côté de la limite préfectorale, à Nagasaki. Les fours y sont allumés en 1599 par des potiers coréens amenés par le fief d’Ōmura. Là où Arita fournit les princes, Hasami nourrit le peuple : ses fours à pente géants cuisent des bols épais au décor de rinceaux vite brossé, les kurawanka, vendus sur les fleuves aux bateliers, et des flacons à sauce soja pour l’exportation, les compra, marqués « JAPANSCH ZOYA ».

Pendant un siècle, la production de Hasami a été vendue comme « Arita ». Au début des années 2000, les règles sur l’étiquetage d’origine se resserrent, et Hasami reprend son nom. Ce retour l’a poussée vers des formes simples et modernes. Aujourd’hui, Hasami produit environ un septième de la vaisselle du quotidien du Japon. Retenez la règle : Arita pour la pièce peinte, Hasami pour la table de tous les jours, sans que l’une soit meilleure que l’autre.

Les styles à connaître

  • Sometsuke (染付) : le bleu et blanc. Le décor est peint au cobalt, le gosu, sur la pièce dégourdie, puis recouvert d’une couverte transparente et cuit à haute température. Le bleu est donc sous l’émail, à l’abri de l’usure. Le remplissage des aplats au pinceau large s’appelle dami, et son léger fusé est une signature de la main.
  • Kakiemon (柿右衛門) : du nom de Sakaida Kakiemon, mort en 1666, le premier au Japon à maîtriser les émaux sur couverte. Fond blanc laiteux, le nigoshide, décor asymétrique en rouge, jaune, bleu et vert, et beaucoup de vide. C’est le style que Meissen a le plus imité.
  • Ko-Imari kinrande (古伊万里金襴手) : à partir de la fin du XVIIe siècle, le style d’exportation par excellence. Bleu sous couverte, rouge de fer et or sur couverte, composition dense qui couvre presque toute la surface. C’est l’« Imari » des châteaux européens.
  • Nabeshima (鍋島) : la porcelaine du fief, cuite à Ōkawachiyama pour le seigneur Nabeshima et le shōgun, jamais vendue. Assiettes sur pied haut, dessin rigoureux, bleu sous couverte rehaussé d’émaux. La référence des collectionneurs.
  • Yōhen (窯変) : le mot désigne aujourd’hui, chez des ateliers comme Shin’emon, des glaçures de transformation au four, tenmoku à gouttes d’huile ou rouge de cuivre, où le décor naît du feu et non du pinceau.

Peint à la main ou transféré : comment distinguer

La plupart des porcelaines vendues aujourd’hui, à Arita comme à Hasami, portent un décor transféré : un motif imprimé sur un papier que l’on applique sur la pièce avant la cuisson. Ce n’est pas une tromperie, c’est ce qui permet un bol à quinze euros. Mais il faut savoir reconnaître une pièce peinte main.

  • Le trait : à la main, la ligne s’épaissit et s’amincit au gré du pinceau ; transférée, elle est d’une largeur constante.
  • Le relief : passez le doigt. Le cobalt posé au pinceau a une épaisseur variable, visible en lumière rasante ; le transfert est plat.
  • Le fusé : les aplats dami laissent des nuances et parfois de petites bavures ; le transfert donne une couleur uniforme, parfois avec une trame de points à la loupe.
  • La répétition : sur un service peint main, aucune assiette n’est exactement la même. Sur un service transféré, le motif tombe au millimètre.
  • Le revers : une pièce d’atelier porte une marque peinte au pinceau sous le pied ; une marque tamponnée trahit une grande série.

Choisir selon l’usage

Vous cherchezPrenezPourquoi
De la vaisselle de tous les joursHasami, ou Arita en sérieSolide, lave-vaisselle, prix doux
Un service pour recevoirArita sometsuke peint mainLe bleu sous couverte ne s’use pas, chaque pièce est unique
Une pièce à offrir ou à exposerKakiemon, Nabeshima ou yōhenDécor d’émaux ou de feu, boîte signée
Un cadeau d’entrepriseCoupes à saké en coffretFormat léger, tradition du présent

Sur une assiette, regardez le blanc, sans point noir ni bulle, la régularité de la couverte et le pied, poli et net. Sur une tasse, vérifiez que la lèvre est fine et que la pièce sonne clair sous le doigt : c’est le signe d’une porcelaine bien vitrifiée.

Les prix et ce qui les explique

Un bol de Hasami à décor transféré coûte entre 10 et 25 €. Une pièce d’Arita au sometsuke peint main, dans un four familial, se situe plutôt entre 30 et 120 € selon la taille. Les pièces à émaux, les grands plats et les vases de glaçure yōhen dépassent souvent 200 €, et les œuvres de maîtres reconnus atteignent des milliers d’euros. Trois choses expliquent l’écart : le temps de pinceau, le nombre de cuissons, deux pour un bleu et blanc, trois ou plus quand on ajoute des émaux, et le taux de rebut, élevé sur les glaçures de feu.

Fours familiaux et manufactures ne jouent pas le même jeu. Une manufacture standardise et vend moins cher ; un four comme Kōraku, qui garde toute la chaîne sous son toit depuis 1865, ou Fukusen, qui a bâti son catalogue pour les restaurants, vend la main et la constance d’une maison.

Entretien

La porcelaine est le plus facile des matériaux de table. Lave-vaisselle et micro-ondes conviennent, sauf pour les décors rehaussés d’or ou d’argent, qui noircissent aux ondes et s’usent au lavage machine. Évitez les chocs thermiques : pas d’eau glacée sur une pièce chaude. Lavez les émaux sur couverte à l’éponge douce, sans poudre abrasive. Rangez les assiettes avec un feutre entre chacune si vous les empilez haut.

Questions fréquentes

Une pièce marquée « Arita » peut-elle venir de Hasami ?

Avant les années 2000, oui, très souvent. Depuis, l’origine est indiquée. Sur notre site, chaque fiche nomme le four et la ville.

Le bleu peut-il déteindre ?

Non. Il est sous la couverte, protégé par une couche de verre. Seuls les émaux et l’or posés par-dessus peuvent s’user.

Pourquoi ma porcelaine est-elle si fine et pourtant solide ?

Le kaolin d’Arita vitrifie complètement à haute température. La pâte devient dense et translucide, ce qui permet des parois minces sans fragilité excessive.

Notre catégorie Arita et Imari réunit des fours d’Arita qui peignent encore au pinceau et expédient du Japon, prix tout compris : le bleu profond du four Fukusen, les cinq générations du four Kōraku et les glaçures de feu du four Shin’emon.